Tatouage et prison : l’action d’un membre de Tatouage & Partage

  
 

Engagée au quotidien dans la transmission du savoir, la défense du métier de tatoueur et la formation des jeunes générations, l’association Tatouage & Partage s’intéresse aujourd’hui à l’action d’un de ses membres en milieu pénitentiaire. Depuis 2015, le tatoueur Bop John participe aux côtés de son fils à des ateliers axés sur l’encrage dans la maison centrale de Saint-Maur. Précisions.

Des envies de partage après 30 ans de tatouage

L’année 2015 fut une année particulière pour le tatoueur Bop John. 30 ans plus tôt – autant dire une éternité à l’échelle du tatouage contemporain –, il ouvrait son studio Bourges Tatouages Artistiques, dans lequel il encre encore aujourd’hui aux côtés de son fils, Greg Belkadi. Trois décennies plus tard, l’homme, dont l’on se rappelle de l’intervention pour la série de vidéos Tatoueurs Ma Parole, témoigne : "J’avais envie de mettre mon expérience dans le tattoo au profit des autres".

Du milieu scolaire au milieu carcéral

Cette envie va d’abord prendre la forme d’interventions dans des lycées techniques : consultants en règles d’hygiène auprès de l’Association française de normalisation (AFNOR), Bop John et Greg Belkadi dressent un portrait complet de l’encrage à une jeunesse curieuse et de plus en plus tatouée. C’est après cette aventure que les tatoueurs berruyers sont approchés par Jean-Marc Le Bruman, artiste-peintre, intervenant en milieu pénitentiaire… et tatoué par Bop John il y a quinze ans.

Une initiative du SPIP et de la FOL

En étroite collaboration avec le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), la Fédération des Œuvres Laïques (FOL) de l’Indre et les filles d’Alice 36 (pour la prévention SIDA, hépatites et addictions), Bop John et Greg Belkadi vont alors animer une série d’ateliers dans la maison centrale de Saint-Maur, à environ 6 kilomètres de Châteauroux. Depuis plus d’un an maintenant, le père et le fils interviennent en milieu carcéral et proposent aux détenus volontaires une approche didactique du tatouage. "Nous ne faisons aucun prosélytisme", explique Bop John. "Qui plus est, nos interventions sont toujours menées au conditionnel : officiellement et aux yeux de l’administration française, le tatouage en prison n’existe pas", confie le tatoueur.

Des ateliers menés en environnement pénitentiaire

L’action de Bop John et de Greg Belkadi en environnement pénitentiaire s’est articulée autour d’une série d’ateliers, à commencer par une présentation des règles d’hygiène en matière de tatouage. En effet, le caractère clandestin du tatouage en prison n’empêche pas son existence même. C’est le rôle que se sont fixé les deux tatoueurs que d’enseigner les normes de rigueur aux scratcheurs incarcérés, habitués à fabriquer leurs machines en utilisant les composants de leurs lecteurs de musique, consoles de jeux ou rasoirs électriques. Les bases enseignées par Bop John ? Ne pas cacher les aiguilles dans les magazines, les manières de bien préparer les encres, ou encore la désinfection à l’after-shave.

Histoire, techniques et démonstration

Le deuxième atelier mené par les tenants de Bourges Tatouages Artistiques s’est arrêté sur l’histoire du tatouage et son inscription dans la société contemporaine, avec une étude de ses racines anglo-saxonnes autant que françaises. Vint ensuite un atelier dédié aux différentes techniques de tatouage, avec à la clé une analyse de l’évolution des machines à encrer sur les trois dernières décennies et, pour finir, un atelier dédié à la démonstration. Dans celui-ci, Bop John a tatoué son fils sous les yeux des détenus.

Des salons de tatouage dans les prisons canadiennes

Très attaché à la relation entre tatouage empirique et tatouage professionnel – Bop John parle avec fierté de ses origines de tatoueur de rue où il encrait avec un matériel semblable à celui utilisé par les prisonniers –, le tatoueur du Cher a été plus loin que ses ateliers et a suggéré de venir tatouer des détenus à l’intérieur-même de la maison centrale. "Au Canada, il y a des salons de tatouage dans les centrales", rappelle Bop John, "alors pourquoi pas en France ?".

Un vrai travail de réinsertion

Le tatoueur a obtenu gain de cause et a déjà contribué à la mise en place de deux sessions de tatouage effectives dans la maison centrale de Saint-Maur. Les surveillants ont, eux, réussi à aménager un espace dédié entre les murs de la prison et Bop John rêve de voir se pérenniser cette pratique. Sa spécialité ? Le recouvrement : "Notre priorité est de nous inscrire dans une optique de réinsertion en réalisant un cover sur certains tattoos qui pourraient freiner cette réinsertion à l’extérieur", explique Bop John. "Avec l’aide de tous ces acteurs et sous l’égide de Tatouage & Partage", dévoile le tatoueur, "nous allons bientôt réunir des personnes de plusieurs régions poussées par le désir de reproduire nos actions". Une initiative supportée et saluée chaleureusement par notre association.

Crédit photo : Gilles Froger