Tatoueuses et tatoueurs confiné·es : vos témoignages

  
 

 

Remarques préliminaires

Pour soutenir le référé-liberté déposé par Tatouage & Partage auprès du Conseil d’État et défendre le droit des tatoueur·ses et perceur·ses à reprendre au plus vite leur activité, vous nous avez fait part de vos expériences.

 

Notre association a fait le choix de les publier sur son site internet et sa page Facebook officielle. Nul voyeurisme dans cette démarche, mais une volonté d’inspirer celleux qui pourraient se reconnaitre en d’autres. Certaines personnes nous ont demandé de respecter leur anonymat ; nous avons évidemment honoré leur requête.

 

Cette page est régulièrement mise à jour. Vous souffrez vous aussi de la fermeture de votre boutique ? Faites-nous part de votre expérience en quelques mots sur contact@tatouage-partage.com, en nous indiquant votre nom, votre prénom, et l’adresse de votre lieu de travail.

 

Vos témoignages de professionnel·les

 

Témoignage n°1

Envoyé par Brice Calmettes

Bonjour, tout d'abord merci pour votre initiative.

Je m'appelle Brice Calmettes, j'ai ouvert mon studio Gribouillink à Baraqueville dans l'Aveyron le 25 mai dernier. Avant ça, j'étais apprentis dans un shop à Rodez depuis un peu plus d'un an.

J'ai tout plaqué (professionnellement) en mars 2019 pour me lancer dans le tattoo, j'ai fait ma formation hygiène et salubrité avec Corpstech et débuté mon apprentissage chez Némésis Tattoo à Rodez. Un an plus tard, tout s'arrête, le premier confinement sonne la fin de mon apprentissage. Sans équipements et sans locaux, j'imagine alors ma carrière de tatoueur déjà terminée. Mais à force de réflexions et de recherches, j'arrive à obtenir un micro-crédit auprès de l'Adie de mon département.

Avec ces 2 000 € empruntés et en raclant mes fonds de poches, j'achète une machine d'occaz, je passe deux commandes chez Lucky7 et Barber DTS, puis j'aménage chez moi une pièce indépendante répondant à tous les critères d'hygiène obligatoire. L'aventure Gribouillink débute le 25 mai.

Quelques clients, quelques beaux projets, et tout s'arrête à nouveau.

Je suis auto-entrepreneur, j'ai eu la chance que mon précédent employeur accepte de faire une rupture conventionnelle, je perçois donc à ce jour 950 € d'allocations chômage et ce jusqu'au mois de mars 2021. Dans mon prévisionnel, la période de juin 2020 à mars 2021 n'avait aucune prétention de rentabilité, mais pour seule vocation de développer la clientèle et de me faire connaître pour espérer en dégager un salaire à partir d'avril 2021.

Mais plus cette échéance approche et moins les chances d'y parvenir me paraissent envisageables. Je suis en train de me faire à l'idée que quand cette date arrivera, ma seule solution sera certainement d'aller bosser chez Carrefour ou Leclerc....

Merci pour votre initiative et merci de nous donner la parole.

 

Témoignage n°2

Envoyé par Tiki Tattoo

Ka'oha,

Nous tenons à témoigner de notre « expérience » sur les fermetures de notre salon.

Nous sommes en effet fermés pour la 2ème fois, et très sincèrement, c'est très difficile de supporter cette situation et de remonter la pente. Il faut savoir que notre activité est propice en période hivernale, ce qui nous permet de compenser pour la période d'été où nous avons beaucoup moins de tatouages.

L'aide de 1 500 € attribuée est loin de couvrir toutes les charges.

Il est également insupportable de comprendre ces décisions de fermeture pour nos établissements, car nous sommes déjà dans un protocole sanitaire exigeant. Nous avions redoublé nos efforts en renforçant ses précautions, lors du déconfinement. Donc, qu'est-ce que cela aurait changé de rester ouverts ? Rien.

À ce rythme, nous allons mettre la clé sous la porte. Cette 2ème fermeture va être fatale, à notre sens.

Merci pour votre investissement et engagement et la lecture de notre message.

 

Témoignage n°3

Envoyé par Jennifer Merat

À l'attention de M. Marc-Olivier Fogiel, directeur général de BFMTV

Objet : Pas assez de reconnaissance pour vraiment exister, mais assez reconnu pour être fermé

Monsieur,

Aujourd'hui, je vous écris afin d'hurler ma frustration !!! Frustration d'une maman célibataire d'une enfant de 8 ans, tatoueuse/pierceuse, en profession libérale non réglementée.

Il y a bientôt 3 ans, j'ai fait un pari fou !!!

J'étais salariée dans un shop de tatouage/piercing. Je me suis formée au fur et à mesure. J'ai même cumulé des boulots d'aide à domicile lorsque ma fille était en bas âge pour pouvoir espérer, un jour, vivre de ma passion.

Je me suis battue contre les « mauvais aprioris», contre l'image « marginalisée » de ce monde, que les gens peuvent avoir du mal à appréhender. Et je n'ai rien lâché. Malgré ma séparation d’avec le papa de ma fille, je n'ai toujours rien lâché et j'ai continué. Pour moi ; mais aussi pour offrir une bonne vie à ma fille.

Une vie avec une maman heureuse de se lever le matin, une vie avec une stabilité financière, au lieu de devoir enchaîner des petits boulots dans des boîtes se permettant quelques largesses sous prétexte que nous sommes remplaçables.

Il y a donc 3 ans, je me suis séparée de mon employeur et j'ai fait le pari fou de me lancer, avec un apport de seulement 1 000 €, en n’étant que mère célibataire au chômage, après une rupture conventionnelle.

Pour ma plus grande chance, mon employeur, et meilleur ami, a décidé d'arrêter son activité sur Montauban. J'ai pu négocier avec lui un rachat du fonds de commerce et la banque soutenait mon projet. Inutile de vous expliquer que j'étais autant heureuse qu’effarée du saut dans le vide que j'entreprenais.

Peu après, au 1er janvier 2018, j'avais enfin la chance d'ouvrir mon propre commerce de tatouage et piercing. Ce ne fut pas simple. Il m'aura fallu investir du temps, être patiente et assidue, apprendre à gérer un commerce et ses responsabilités.

J'ai eu des frayeurs et des inquiétudes mais je voyais aussi mon travail et ma clientèle évoluer. Et j'ai persisté.

J'ai ensuite commencé à participer à quelques conventions de tatouages dans ma région, et j'ai pu avoir l'heureuse surprise de voir ma clientèle me suivre, et recueillir de nouveaux clients.

Voyant mon entreprise prendre de l'ampleur, et ses responsabilités avec, j'ai pu proposer un poste en CDI qui fut signé en début d'année 2020. C'était génial ! Pardonnez ma familiarité, mais il n'y a pas d'autres mots.

J'ai commencé à zéro et je ne pouvais qu'être heureuse de cette évolution. Notre famille s'est encore agrandie avec une autre tatoueuse venue travailler avec nous, à son compte, et qui apprend et évolue à son rythme, ou plutôt, qui évoluait à son rythme.

Eh oui ! Le Covid venait d'arriver, ou « la » Covid (bref !) !!! Et avec lui, le premier confinement… Ce premier confinement fut difficile. Très difficile. Plus de travail, plus d'argent, mais toujours des frais générés par mon quotidien personnel et par mon entreprise. Je n'avais avec moi qu'un peu d'argent mis de côté, et la chance d'être entourée malgré que je vive seule avec ma fille. On s'est serré la ceinture et j'ai espéré, fortement, pouvoir reprendre rapidement, de peur de n'avoir plus rien à mettre dans l'assiette de ma fille.

Ce fut une période difficile car je devais gérer l'inquiétude et l'anxiété, en même temps que toute la paperasserie engendrée par la situation, rassurer mes clients, etc. Le tout en tentant de garder bonne figure face à ma fille, ce que je n'ai, au final, pas réussi à faire en permanence. Je devais aussi jouer les maîtresses d'école, et j'en passe. Bref, comme beaucoup d'autres Français.

Mais j'ai pris sur moi. C'était important, ce virus nous avait, presque, pris par surprise. Les médias nous disaient qu'il n'était pas connu avant, et nous ne savions pas comment agir face à cette menace invisible. Les théories du complot commençaient à fleurir çà et là sur les réseaux sociaux, mais cela ne changeait en rien la situation. J'essayais d'être une oreille pour ma sœur, ancienne aide-soignante en réanimation pendant 7 ans, récemment entrée en école d'infirmière, et réquisitionnée sur volontariat à l'hôpital de Montauban. J'étais aussi une oreille pour ma maman qui continuait de travailler aussi en tant qu'aide à domicile.

Je comprenais pourquoi je devais vivre cela, mais je ne pouvais m'empêcher de voir mon avenir et celui de ma fille couler.

Puis, les aides. 1 500 €. Cela allait permettre de souffler un peu. J'allais pouvoir payer mon employée. Eh oui, car au chômage partiel, faut faire l'avance. Avec quel sous ??? Mouhahahaha !!! Ben, avec les 1 500 €, hein ! Rajoutez à ça le loyer de mon commerce et mon loyer personnel. En une demi-heure, je n'avais déjà plus rien et je n'avais pas tout payé.

Heureusement que j'étais entourée, je vous le dis, car la dépression n'étais pas loin !

Au final, après presque deux mois, la vie a repris son cours. Et la fatigue s'est vite fait sentir.

Nous avions un nouveau protocole, que nous avons suivi. Nous avions mis en place une ouverture aux clients, uniquement sur rendez-vous. Arrêté d'effectuer les piercings nasaux et buccaux car percé en portant le masque + une visière était infaisable pour moi. Un écran de buée se formait et m'empêchait d'être assez précise. Nous savions que d'autres professionnels avaient opté pour effectuer les piercings sans la visière mais, dans un soucis sanitaire, et pour le bien-être de chacune d'entre nous, nous avons préféré amputer une partie supplémentaire du chiffre d'affaire que de devenir acteur de la propagation du virus.

J'ai augmenté mon taux horaire journalier afin de ne pas trop perdre de chiffre, je n'ai pas pris de vacances, ni de jours fériés. J'ai bossé encore et encore pendant tout l'été.

La convention de tatouage que nous devions effectuer les 1er et 2 mai avait été reportée fin août. Jusque-là, pas de surprise. Mais plus l'été avançait, plus on commençait à se demander si nous pourrions un jour espérer rentrer le chiffre d'affaire de la convention au niveau de la compta de 2020. Elle aurait fait du bien ! J'aurai pu payer mon retard auprès du cabinet comptable.

Et finalement, à moins de trois semaines de ladite convention Fémin'ink à Mazamet, nous avons reçu la nouvelle. La convention était annulée et remise à l'année 2021. La semaine suivante, nous apprenions que la grande fête foraine des 400 coups à Montauban était, elle, maintenue. Comme toutes les autres fêtes foraines. Chercher l'erreur !

Mais nous avons encaissé. Encore un coup dur. Surtout qu'avant le premier confinement, j'avais une dette personnel auprès de mon propriétaire qui datait de mes débuts. Mon propriétaire avait commencé des actions en justice, et mon chiffre d'affaire n'était pas encore assez conséquent. Mais je ne perdais pas espoir.

Au final, fin septembre, j'ai pu enfin finir de régler ma dette personnelle, quelques-unes autres au niveau pro. Il me restait encore d'autres dettes. Des petites, mais, mise bout à bout, ça faisait beaucoup. Mais je ne perdais pas espoir. J'avais fini de régler mes loyers en retard et sauver mon appartement. J'avais fait une demande d'échelonnement pour ce que je devais à l'Urssaf et j'attendais des nouvelles. Des nouvelles qui traînaient à venir suite aux reports perpétuels.

Ma dette personnelle étant réglée, j'espérais finir par réussir à mettre de côté une trésorerie car, dans les médias, on disait qu'il y avait un risque de reconfinement.

Je n'arrivais pas à y croire. Je ne comprenais pas. Comment ça, un reconfinement ? On nous obligeait à porter un masque, les gens se faisaient dépister en cas de doutes. Idem pour les cas contact. Bon, je voyais bien que les gens avaient du mal. Suffisait de voir au boulot ! On devait presque faire la guerre aux clients pour qu'ils retirent leurs bijoux et se nettoient les mains au gel hydroalcoolique. Il fallait aussi leur faire la guerre pour qu'ils gardent leurs masques au-dessus du nez. À l'école de ma fille, c'était pas mieux !

Au boulot, j'étais contente. Les clients étaient là, mon agenda plein jusqu'en début 2021. Mon employée était inscrite pour passer son certificat d'hygiène et salubrité pour devenir, enfin, ma pierceuse. Bref, le travail était revenu. Les difficultés étaient là, mais on allait s'en sortir.

Puis est arrivée l'annonce du Gouvernement, fin octobre. Le shop était décoré de ses décors d'Halloween. Nous allions fêter Samain. Nous avions cru voir nos difficultés s'envoler. Nous devions, les 1er et 2 décembre, participer à notre convention de tatouage annuelle à Albi.

Finalement, tout était fini ! Ce soir-là, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Toute cette fatigue accumulée pour sortir la tête de l'eau n'avait, au final, peut-être servi à rien ! Je ne pouvais y croire !!!

Nous nous sommes bêtement dit que ce n'était pas possible. En plus, ils disaient que les gens pourraient continuer de bosser, alors bon, ça veut dire que nous aussi ???

Après tout, nous n'ouvrons plus au public. Nous étions passées en shop privé, faisions attention aux règles sanitaires. Avant le Covid, déjà. Et encore plus, après. Nous utilisons les mêmes types de produits désinfectants/détergents que les laboratoires, ou même les hôpitaux. Nous avons accès, et en stock, à des sur-chaussons, tabliers de protection, masques, etc. Nous avons une formation pour savoir comment utiliser du gel hydroalcoolique, pour porter un masque, etc. Contrairement à des boites qui n'ont toujours pas compris qu'un détergent/désinfectant spray ne s'utilise pas comme un produit pour vitres. Et la réponse est tombée ! Les tatoueurs/pierceurs aussi seront fermés. Mais de quel droit ????

Pourquoi nous mettre dans le même panier ? En quoi il est plus plausible de se contaminer chez nous que dans un supermarché ? Ou encore, chez un pharmacien ? Et j'en passe ! En quoi la sophrologue ou le kiné est plus propre que nous ?

Là où les laboratoires accueillent du public sans rendez-vous, nous, nous accueillons nos clients uniquement sur rendez-vous et nous désinfectons entre chaque client. Désinfection renforcée qui nous prend, en moyenne, une demi-heure entre chaque client !!!

De quel droit, nous avons été jugés aussi « crades » qu'un simple commerce ?!?

Quelques jours après l'annonce du confinement, une fois le week-end passé, j'ai déposé ma fille à son école. Et là, ce fut la gifle !!!! Les parents rassemblés, papotant, et faisant leurs résumés des dernières actualités avant de se laisser, et repartir à leur train-train quotidien. Les enfants reviennent de leur vacances et rentrent dans l'école retrouver leurs copains et copines. Certes, tout le monde a le masque, enfants compris. Mais les gens vont bien. Les voitures passent et repassent, comme habituellement.

L'épicerie est ouverte, le boucher, le bar/tabac, qui continue à dire merde aux lois en vigueur et continue de refuser le port du masque et sert encore café ou bière. Le restaurant, lui, tente de trouver autre chose et fait de la vente à emporter. Mais ça va, les gens vont bien…

Bon, ensuite, direction la banque à Montauban ! Je dois déposer mon chiffre d'affaire fait précédemment. La paie pour mon employée va tomber, sans parler du loyer de la boutique et le crédit de la banque. J'ai eu beau les avoir appelés, pas possible de s'arranger. Bon, ben, j'ai dû payer, hein !

Et, ce matin-là, j'arrive à Montauban.

Les voitures vont et viennent. Les gens marchent dans la rue, 4 personnes sur 5 ont le masque. Je croise aussi deux flics, l'un porte le masque correctement, l'autre l'a sous le nez. Ils rigolent avec un passant qui ne l'a pas. Du coup, froncement de sourcils ! Moi qui croyais qu'ils étaient en train de le verbaliser, en fait, ils sont en train de déconner avec lui. Je le comprends quand l'un d’eux tape l'épaule du badaud en riant.

Bon, ok. La vie suit son cours. Comme d'habitude, la police de Montauban ne sert qu'à mettre des P.V. sur les pares-brises, les gens se promènent et rient, ils vont travailler, ou vont à l'école…

Puis, je rentre chez moi. Je n'avais droit qu'à un aller-retour, sur dérogation écrite par moi-même, et fournie à moi-même, pour aller à la banque. Je regarde mon niveau de gasoil, il est encore bon. Pour le moment. Mais, dans quelques temps, il faudra en remettre. Et là, LA question. Avec quoi ????

Tout d'un coup, je me souviens. On est lundi, je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'argent, mais j'ai des dettes. Des dettes que je ne vais pas pouvoir payer. Des dettes aussi que je n'ai pas encore, mais qui vont très vite arriver. Je n'ai plus d'argent...

Le chiffre d'affaire posé va être englouti en deux jours. Je n'ai plus d'argent...

Aller, je me sors de mon véhicule. J'ai les larmes aux yeux, mais je vais devoir tenir bon, pour ma fille. Je n'ai plus d'argent… Mais je ne vais pas craquer. Je dois faire un peu de rangement à la maison, et il faut préparer à manger. Je dois récupérer ma fille à midi. Je n'ai pas renouvelé la cantine. Après tout, je n'ai plus de travail. Et puis, je n'ai plus d'argent pour dépenser ce qu’il reste dans la cantine alors que je vis pas loin. Je n'ai plus d'argent…

À la maison, tout est silencieux. Je vis sur le début d'un côteau, à Corbarieu. Un village proche de Montauban. Et puis, on est lundi. Mes voisins sont au travail. Mais moi, non. Moi, je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'argent… Mais j'ai des dettes !

Je regarde l'heure. J'ai encore du temps. Je m'assois. Et là, là, je craque…

Tout le monde travaille, sauf les commerçants, les restaurants, les discothèques et les bars. Mais tous les autres. La vie suit son cours.

Je me connecte alors sur Facebook, j'ai presque que ça à faire. C'est marrant, on voit des publications et des commentaires où les gens se demandent où est le confinement ? Ben, oui, eux vont travailler, vont au lycée, à l'école, etc... Ils vont faire leurs courses, leurs démarches administratives, etc.

Mais moi, je n'ai plus de travail.... je n'ai plus d'argent. Mais, j'ai des dettes !

J'ai tenté des démarches. Me renseigner auprès de l'ARS, de la préfecture, même auprès de mon avocat. Pour comprendre, et pour défendre ma profession, et l'hygiène qui va avec. Mais rien. On nous dit toujours pareil. On est des commerçants.

Nous ne sommes pas reconnu en tant qu'artiste. Malgré que le SNAT se batte pour cela. Nous ne faisons pas d'artisanat d'art, bien que l'association Tatouage & Partage se batte pour cela. Nous ne sommes rien.

Nous sommes des artistes dans l'âme, et nous faisons de l'artisanat d'art, car nous réalisons les commandes de nos clients.

Mais non. Au point de vue législatif, nous sommes la même chose qu'un médium ou même une prostituée. Nous n'avons jamais eu de reconnaissance de notre profession. Nous dépendons de l'ARS mais nous ne les voyons jamais.

Le SNAT se bat depuis des années pour une reconnaissance de notre profession et pour serrer la vis sur des pratiques interdites mais bel et bien présentes comme le perçage et tatouage à domicile. Des pratiques qui entachent notre profession. Mais nous ne sommes jamais entendus. Et, aujourd'hui, nous sommes des commerçants... Des commerçants sans travail et sans argent…

Dernièrement, notre chère mairesse Mme Bareges a mis en place une aide pour les commerçants du cœur de ville de Montauban. Mes collègues et moi étions contentes car je n'ai toujours pas de nouvelles des aides proposées par l'État. Sur le lien de la mairie, nous avons vu que nous pouvions faire une simulation pour voir si nous sommes éligibles. Premier clic, nickel ! Oui, on tient un commerce. Second clic. Nous n'entrons pas dans les conditions. Pourquoi ???? Parce que je suis en profession libérale. Nous sommes donc assez commerçants pour être fermés, mais à priori, pas assez commerçants pour être aidés.

Dernièrement, je n'ai plus de travail. Je n'ai plus d'argent…

Ma comptable m'a donné des nouvelles pas très encourageantes au sujet des aides. J'attends d'en savoir plus mais, apparemment, c'est compliqué suite à ma dette auprès de l'Urssaf. Je ne suis ni en surendettement, ni en redressement, mais oui, j'ai des dettes. Une dette auprès de l'Urssaf que j'aurai pu régler rapidement si je n'avais pas perdu deux mois de chiffre d'affaire à cause du premier confinement.

En gros, je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'argent, mais j'ai des dettes, j'en ai aussi des nouvelles, et bientôt j'en aurai encore plus.

Je suis entreprise individuelle, ça veut dire que si mon entreprise coule, alors je coulerai avec. J'ai un bail commerciale 3/6/9. Cela veut dire que, si je coule, je coule avec un an et demi de loyer, à 600 € mensuels, à devoir à mon propriétaire.

J'avais réussi, après deux ans de travail acharné, à faire de mon entreprise un projet viable avec une stabilité financière. À l'heure d'aujourd'hui, je ne sais plus si ça en valait le coût ! Pas si je dois finir par fermer, écrasé sous le poids des dettes.

Je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'argent… Mais, j'ai des dettes... J'ai aussi des nouvelles dettes... Et j'en aurai encore d'autres...

Cette année, si je n'étais pas entourée, ma fille ne pourrait même pas avoir un cadeau de Noël de sa maman car comme je n'ai pas droit aux aides de la CAF et que je ne suis pas au chômage, alors moi, je n'ai pas de prime de Noël. Parce que moi, j'ai un travail. Sauf que je n'ai plus de travail, je n'ai plus d'argent…

Aujourd'hui, un chômeur qui ne glande rien sur son canapé, a plus d'argent qu'une maman célibataire qui a souhaité montrer à sa fille que, oui, on peut rêver et y arriver !

À l'heure d'aujourd'hui, je ne sais même pas si je vais pouvoir faire l'avance du salaire de mon employée. Mais si je ne le fais pas, que va-t-elle, elle aussi, mettre dans l'assiette de ses deux enfants ?

Voilà mon histoire. Celle d'une maman qui a voulu réaliser son rêve, et à qui on demande, aujourd'hui, de rester sagement assise dans son canapé à regarder sa vie être réduite à néant ! Et si je veux m'élever contre, alors, cette justice de ma France, que je pensais être là pour nous protéger, s'abattra sur moi, me rendant hors-la-loi pour avoir voulu mettre quelque chose dans l'assiette de ma fille, et permettre à mon employée de mettre quelque chose dans celle de ses enfants. Cette justice que je croyais être du côté des Français est devenue, au final, liberticide.

Qu'est devenue ma France ?

Contrairement au premier confinement, nous avons compris. J'ai compris. Compris que ce second confinement est en place, pas pour la mortalité du virus, non ! Ce second confinement est là car notre cher Gouvernement a, au fur et à mesure des années, dilapidé les finances de nos hôpitaux. Nous remarquons aussi que les cliniques privées ne sont jamais mentionnées, comme si elles avaient, subitement, disparu.

Aujourd'hui, je suis une tatoueuse/pierceuse mise à poil par mon Gouvernement. Je suis une mère célibataire avec un pied au bord du gouffre. Mais pour notre cher Gouvernement, je ne suis qu'une statistique négligeable.

En vous remerciant de l'attention portée à mon témoignage d'une tatoueuse frustrée d'avoir été fermée sans aucune raison justifiée par les règles sanitaires du moment.

 

Témoignage n°4

Envoyé par Philippe Peter

Bonjour,

Je suis Philippe Peter, seul tatoueur de mon salon Art Tattoo Concept au 3 rue Neuve Saint à Bastia, depuis deux ans.

J'ai créé ce salon il y a deux ans, auparavant j'étais installé sur Nice. Les frais d'installation divers ont été d’environ 50 000 euros.

C'était une création pure, donc je commence à peine mais sûrement à me faire une clientèle. J'ai scrupuleusement respecté le premier confinement, qui s'est déroulé durant les meilleurs mois d'activité pour moi, j'ai utilisé mon fonds de roulement pour subsister.

Ce deuxième confinement semble porter un coup de grâce à mon activité, et un mois sans activité, sans revenu, m'interroge pour l'avenir proche… Comment vais-je payer mon loyer, mon EDF, ma mutuelle ? Mon propriétaire, qui a un crédit sur mon  local, ne peut sursoir au paiement du loyer...

Je n'ai plus de liquidités disponibles pour faire face, tant d'un point de vue professionnel que personnel.

Voilà où j'en suis !

 

Témoignage n°5

Envoyé par Muriel Verstraete

Bonjour Tatouage et Partage !

En quelques mots… Difficile d’être brève car je me bats aussi depuis 3 semaines pour pouvoir pratiquer le tatouage réparateur à Toulouse. Je suis actuellement en contact avec l’ARS, d’abord au niveau du département puis maintenant en région Occitanie.

Je risque d’être un peu décousue dans mes propos et surtout absolument pas concise, je vous prie de m’excuser par avance mais si cela peut apporter de l’eau au moulin…

Ci-dessous un condensé de mes échanges avec l’ARS… Les points mis en avant et des pistes pour reprendre l’activité.

« Je souhaiterais en premier lieu insister sur les règles sanitaires strictes que j’applique : protocoles validés (formation hygiène et salubrité), dames reçues en individuel et uniquement sur rendez-vous, traçabilité de mes clientes… (ces règles sont d’autant plus importantes et respectées que souvent, ces dames sont immunodéprimées en raison de lourds traitements)

En second lieu, et pour parler de ces dames, l’impact psychologique de mon travail est très important pour elles dans la mesure où je viens clôturer une période douloureuse de maladie, traitements médicamenteux et chirurgicaux… C’est bien pour cela, et conscients de ce que je peux leur apporter, que de nombreux chirurgiens m’adressent leurs patientes.

Vous l’aurez compris, les tatouages que je réalise ne sont pas uniquement esthétiques mais participent de la réparation du corps et de l’image de soi ; je pratique en effet le tatouage réparateur et esthétique, en particulier sur les dames ayant subi une chirurgie mammaire (création de mamelon/aréole en trompe-l’œil, camouflage de cicatrices…).

J’ai contacté une infirmière hygiéniste formatrice hygiène et salubrité et il ressort de cet échange que nous avons, nous tatoueurs, des protocoles très stricts, mais qu’en plus, me concernant, je travaille dans la continuité des soins.

Selon elle, il conviendrait, pour que je puisse de nouveau travailler sous couvert de la continuité des soins, que les dames aient une préconisation de leur médecin (tous reconnaissent le côté psychologique et réparateur de l’acte que je propose) mais qu’elles soient en possession d’un test Covid négatif (je pourrais trouver et leur fournir une liste actualisée des lieux proposant ce test). De plus, elles devraient porter un masque neuf que je leur remettrais (ce que je fais déjà). De mon côté, il me faudrait encore renforcer le protocole d’hygiène, c’est-à-dire obligatoirement : masque FFP2, blouse imperméable (j’utilise aujourd’hui un tablier jetable), manchettes, lunettes, charlotte, gants doublés… »

Ci-après, la réponse de l’agence régionale de santé Occitanie qui, pour moi, a le mérite de ne pas répondre à la question !! Youhou, on tourne en rond !

« Conformément à l’article 27 de ce décret, les établissements recevant du public dont l’ouverture n’est pas interdite peuvent rester ouverts à la condition de respecter les mesures de protection prescrites par ce texte (hygiène et distanciation sociale). Les lieux d’activité des professionnels de santé et des professions à usage de titre ne sont pas concernés par l’interdiction d’accueillir du public (sauf si le préfet de département le décide en raison des circonstances locales en application de l’article 29 du décret).

Les professions réglementées par le Ministère des solidarités et de la santé intervenant dans le champ de la santé sont les professions reconnues par le code de la santé publique et les professions à usage de titre encadrées par diverses lois non codifiées.

Ces professionnels peuvent ainsi continuer, selon leur domaine de compétences et mode d’exercice habituels, y compris en cabinet libéral, à recevoir des patients dans le respect notamment des mesures dites barrières. Il est aussi rappelé que la carte professionnelle seule suffit à justifier un déplacement professionnel pour les professionnels de santé.

Pour rappel, les professions de santé reconnues par le code de la santé publique sont les suivantes : médecin, chirurgien-dentiste, sage-femme, pharmacien préparateur en pharmacie et préparateur en pharmacie hospitalière, physicien médical, infirmier en pratique avancée, infirmier, masseur-kinésithérapeute, pédicure-podologue, ergothérapeute, psychomotricien, orthophoniste, orthoptiste, manipulateur d'électroradiologie médicale, technicien de laboratoire médical, audioprothésiste, opticien-lunetier, prothésistes et orthésistes pour l'appareillage des personnes handicapées (représentant cinq métiers : orthoprothésiste, podo-orthésiste, oculariste, épithésiste, orthopédistes-orthésistes), diététicien, aide-soignant, auxiliaire de puériculture, ambulancier, assistant dentaire, conseiller en génétique et biologiste médical.

Les professions « à usage de titre » désignent les professions suivantes dont l’usage du titre est encadré : ostéopathe, chiropracteur, psychothérapeute et psychologue. »

Et pour finir, ma question suite à leur non-réponse…j’attends toujours leur retour…

« Bonjour,

Merci pour votre réponse rapide.

Cependant ma profession, bien qu'agissant dans la continuité des soins, n'apparaît nulle part. Il n'y aurait donc aucune dérogation possible ?

Quand bien même j'interviendrais au sein d'un cabinet d'une profession réglementée, et ce sous prescription médicale pour mes clientes ?

Je vous prie d'excuser mon insistance mais je me fais le relais de mes dames en attente...

Comptant sur votre compréhension, je vous souhaite une agréable après-midi.

Cordialement,

Muriel Verstraete »

Voilà, chers agitateurs de Tatouage et Partage, pour mes démarches « je veux travailler » ! Je ne sais pas ce que vous pourrez faire de tout cela… Merci en tous les cas pour votre action et bonne semaine à vous tous !

Muriel

 

Témoignage n°6

Envoyé par Benoit Almeida

Bonjour,

Je m’appelle Benoit Almeida, j’ai passé ma formation hygiène et salubrité en mai 2018 et ai appris en autodidacte, étant dans une petite commune de 600 habitants dans le Puy-de-Dôme en Auvergne.

Passionné de dessin et de tatouage depuis ma majorité, j’ai toujours voulu vivre de ma passion et j’ai franchi le cap cet été en m’installant dans ma commune Murat-le-Quaire dans un local communal en Shop privé, « Lusitanink TattooShop », que j’ai retapé pour le mettre aux normes ce mois d’août 2020. Du coup, étant en reconversion, j’arrête cette fin d’année mon ancienne activité de peintre en bâtiment.

J’espère que cette crise sanitaire ne durera pas car je n’aurais plus aucun revenu car je suis en train de lutter avec mon employeur pour essayer d’obtenir mes droits.

Un grand merci à Tatouage et Partage de soutenir la profession car sans vous, on ne pourrait pas se défendre.

 

Témoignage n°7

Envoyé par Alexsjuju

Étant perceur uniquement par guest car ouvert depuis seulement 1 an, je bosse dans un salon dans le Lot et je vis dans l'Aveyron. Ne travaillant pas dans un département soumis au couvre-feu, je me vois purement et simplement refusée l'aide solidaire, ce qui me met dans une situation plus que délicate. Je vais devoir fermer ma boîte.

Je voudrais rajouter que je suis en attente d'une réponse de l'administration car j'ai fait un recours par rapport au refus, mais il est fort probable que je ne passe pas l'année !

 

Témoignage n°8

Envoyé par Shirley du salon de tatouage À fleur d'encre

Bonjour !

Oui, nous avons été une nouvelle fois forcées à stopper notre activité, pour la seconde fois cette année.

Toute les économies que j’avais de côté sont parties pendant le premier confinement, et je n’ai plus rien pour supporter cette deuxième vague en attente des aides. Avec une employée perceuse, c’est du suicide.

Ce deuxième cas de fermeture me remplit de colère !!!

Nos règles d’hygiène n’ont absolument pas changé pour les mesures de préventions, si ce n’est que nous devons demander à nos clients de porter des masques, et nous limitons déjà le nombre de personnes dans le studio ET dans les boxes à UNE SEULE PERSONNE.

Nous lavons régulièrement nos mains, les désinfectons, mettons des gants, portons nos masque. NOUS Y SOMMES OBLIGÉS par la formation de procédures hygiéniques relatives aux tatouages et aux piercings, que nous sommes dans l’obligation de posséder pour l’ouverture de notre boutique.

Allez donc faire du télétravail pour piquer les clients ! Pour le reste, nous le faisons déjà : répondre aux clients, faire les esquisses, etc.

Absolument aucun changement n’a été vu dans nos studios propres et hygiéniques dès leur ouverture.

Une fermeture est inutile pour notre section car nous surnettoyons tous les jours, et entre chaque clients.

 

Témoignage n°9

Envoyé par Laurent Ludwig

Bonjour et encore merci pour ce que vous faites pour nous !!

Comme tous mes confrères et consœurs, cette situation est devenue invivable…

Ma vie au quotidien est très, très difficile !!!

Je ne dors quasiment plus, un stress incessant, comment je vais faire pour m'en sortir, pour payer mon loyer, payer mes charges et, bien sûr, pour ma partie personnelle…

J'essaie de trouver des petits boulots pour avoir un peu d'argent afin de subvenir à un minimum de besoin…

Le premier confinement, comme tout le monde, on ne connaissait pas, on s'est rendu compte au fur et à mesure de ce qui nous arrivait, mais j'avais un peu de trésorerie !!!

Bien sûr, aucun droit au chômage en tant qu’auto-entrepreneur au premier confinement, et voilà que le deuxième est là, toujours avec les mêmes désagréments, et plus de trésorerie !!

Toujours aucune aide concrète !!!!!

On nous demande de tenir, en plus de nos contraintes quotidiennes dans notre domaine. Plus de normes, de limiter nos clients(es) dans nos shops, de recevoir moins de personnes, de tenir nos distances, on travaille avec un masque, des gants, un nettoyage constant, et avec tout cela, nous ne sommes rien, inexistants, donc « non essentiel » alors que sur l'ensemble des essentiels ouverts, ils ne pratiquent même pas un dixième de nos protections au quotidien !!!

Je sais aujourd'hui et je constate que l'on cherche à nous tuer. Investir comme j'ai pu faire pour créer mon affaire et me retrouver sur la paille comme une « merde »…

Voilà ma soi-disant vie aujourd'hui, sans rien, plus de perspectives !!!!

Cordialement

Laurent #tatoueurapoil

 

Témoignage n°10

Envoyé par Claudine Bouton

Bonjour,

Je suis comme toute la profession, en fermeture obligatoire. La situation pour moi est simple, encore un reconfinement et je ferme définitivement. L'aide de l'État ne finance que les frais du shop et ne me sert pas à vivre.