Tatouage : où commence le beau et où s’arrête l’acceptable ?

  
 

Juger le beau, définir l’acceptable : en tatouage, là est aussi le défi des commentateurs, novices ou experts. Mais où commence le premier et ou s’arrête le second ?

 

Le beau et l’acceptable : ce qu’en dit la philosophie

On peut dire beau un objet ou un être vivant correspondant à un type idéal défini par un usage ou qui porte à un haut degré ses qualités intrinsèques. Il fait naître un sentiment particulier : le sentiment esthétique. Si, depuis l’Antiquité, on a pu chercher à formuler des règles et des idéaux dans le domaine des beaux-arts, la modernité a approché cette notion à travers le problème de l’expérience subjective du beau.

 

Le principe de tolérance, lui, s’est développé dans le monde intellectuel européen de la fin du 17ème siècle, notamment grâce à Voltaire, dans le contexte de la répression religieuse subie par les protestants depuis la révocation de l’édit de Nantes. La tolérance est un principe de raison qui repose sur l’idée du libre examen en vue de la recherche de la vérité. Le problème posé actuellement est celui des limites de la tolérance : doit-on tolérer l’intolérable ? Ces limites sont malaisément identifiables.

 

Émerveillement ou répulsion ?

Les exemples de tatouage semblant répondre à l’un comme à l’autre pullulent sur le web, sur Facebook, sur Instagram et autres supports. Tout récemment, l’immersion du tatoueur vénézuélien Roberto Carlos Sanchez Mesa dans l’univers de Van Gogh étourdissait les amateurs du beau :

 


 

À l’inverse, la nouvelle vidéo de la tatoueuse transgenre Lily Lu déchainait les passions, certains spectateurs faisant part de leur surprise, leur réserve… voire leur dégoût :

 


 

En tatouage peut-être plus qu’ailleurs, il est impossible de cloisonner le beau et l’acceptable. Sans doute une partie de cette impossibilité est-elle due au caractère immuable du tatouage – un paradoxe, puisqu’en vieillissant immanquablement année après année, le tatouage porte en lui une grande part d’éphémère. L’exemple de Roberto Carlos Sanchez Mesa et celui de Lily Lu ont au moins un point commun : ils nous montrent, chacun à leur manière, qu’on s’éloigne avec le tatouage, dans nos sociétés dites modernes, de l’impulsion primitive, de l’origine et de la fonction du tattoo au sein des différentes ethnies ou tribus. Ils nous montrent également que sur la peau aussi, tout est question de goût…