La Suisse ouvre la chasse aux tatoueurs clandestins

  
 

 

En Suisse, "la chasse aux tatoueurs à la sauvette est ouverte", titrait le journal 20 Minutes au mois de septembre 2019. "La Confédération propose de mieux encadrer la profession, ce que certains spécialistes voient d’un bon œil", apprend-t-on.

 

La France ? Non, la Suisse !

"À l’heure actuelle, la pratique de cet art n’est soumise à aucune règle, excepté en matière d’hygiène pour les tatoueurs ayant pignon sur rue. Nombre d’aiguilles piquent toutefois en toute clandestinité, dans des conditions de propreté pas forcément optimales". Vous vous pensiez en France ? Détrompez-vous : c’est bien de nos voisins suisses que parle David Maccabez. Le journaliste rapporte que de l’aveu-même de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire ou OSAV (qui a pour principale mission la promotion active de la santé et du bien-être des êtres humains et des animaux), il est impossible de savoir combien de tatoueurs proposent leurs services dans la confédération helvétique.

 

C’est cet organisme qui a récemment proposé de créer "un registre des tatoueurs, perceurs et spécialistes du maquillage permanent", révèle le Neue Zürcher Zeitung (NZZ), autre média d’outre-Jura. "Nous souhaitons déléguer aux cantons la tenue de cette liste, la capacité de traquer les contrevenants, et celle de fixer des sanctions", annonçait l’OSAV. La mesure, révèle le quotidien suisse, devrait entrer en vigueur en 2020 chez nos voisins.

 

Le cas du canton suisse de Neuchâtel

Le canton de Neuchâtel, lui, a déjà pris une longueur d’avance. En 2016, comme nous l’apprenait la radio suisse RTN, cette région jouxtant la frontière française introduisait pour les pratiquants du piercing, du tatouage et du maquillage permanent, l’obligation de demander l’autorisation d’exercer aux autorités. Chez les Neuchâtelois, les contrevenants s’exposent à 1 000 francs suisses, soit environ 910 euros. Pis encore : les tricheurs risquent "une fermeture administrative", lit-on dans le quotidien.

 

Pour Pierre Bonhôte, cette chasse aux studios clandestins n’a rien de vertigineux. Confiant, ce chimiste rappelle que le pays a "l’habitude de rechercher des activés illicites". Et de pousser à la délation de manière à peine voilée : "Par ailleurs, les tatoueurs au bénéfice d’une autorisation n’apprécieront guère la concurrence déloyale. Les informations circulent vite".

 

Ce que pensent les tatoueurs suisses interrogés

Contrôles, autorisations, dénonciations : le triptyque a de quoi effrayer plus d’un. Pourtant, "l’idée [est] bien accueillie par les professionnels", avance 20 Minutes. Andy Gally, tatoueur dans la ville de Bâle interrogé par le journal NZZ, y voit une mesure allant "dans l’intérêt de la profession". Pour son confrère Cédric Cassimo, responsable d’un studio à Lausanne, la mesure doit juguler le flot de nouveaux prestataires débarquant chaque année sur le marché. "De plus en plus de gens veulent se faire tatouer et de plus en plus de gens veulent devenir tatoueur", s’exprime-t-il. "Un registre est donc nécessaire".

 

Le quotidien conclue sur une note qui fait cruellement écho à la situation française : "Reste qu’il n’existe aucun diplôme et que le projet de l’OSAV ne prévoit pas d’exiger de formation particulière". Questionné sur le sujet, le tatoueur lausannois imagine la création :

 

  • soit d’un CFC (ou Certificat Fédéral de Capacité, un diplôme suisse décerné à la fin d’un apprentissage de 3 ou 4 années)
  • soit d’une formation artistique académique, avec spécialisation dans le tatouage

 

 

Tatouage & Partage pour des changements protecteurs des professionnels de France

Tatouage & Partage salue cette "chasse aux tatoueurs à la sauvette". Dans l’appel à un code de déontologie relayé par notre association, nous rappelons que nombreux sont ceux qui, en France comme en Suisse, pratiquent le tatouage dans la clandestinité. Ces tatoueurs non-déclarés pénalisent à la fois leurs confrères déclarés et, de fait, soumis à d’importantes charges, mais aussi une clientèle exposée à plus de dangers. Pour lutter contre ces braconniers du tattoo, nous n’appelons pas à une délation directe et immédiate, mais à privilégier l’émission d’avertissements. Si ces avertissements à l’amiable ne résultent pas en une déclaration de la part de l’intéressé, des solutions contraignantes doivent être envisagées : établissement d’un signalement à l’ARS, voire dépôt d’une plainte.

 

Chez Tatouage & Partage, nous nous efforçons d’apporter des solutions et nous évertuons à nous montrer force de proposition face au Gouvernement et aux ministères concernés, nommément le ministère des Affaires sociales et de la Santé et le ministère du Travail. En effet, si nous mettons le dialogue avec les institutions sur un piédestal, c’est pour ne pas subir une nouvelle législation qui ne prendrait pas en compte la réalité du terrain, autrement dit le quotidien et les impératifs vécus par les professionnels de l’encrage, actuels ou en devenir.