Retour sur le colloque "Le tatouage et les modifications corporelles saisis par le Droit"

  
 

Le 6 juin 2019, se tenait à la Faculté de droit de Limoges un colloque universitaire intitulé « Le tatouage et les modifications corporelles saisis par le Droit », organisé par Delphine Tharaud et Mélanie Jaoul, maîtresses de conférences.

 

Y sont intervenus de nombreux juristes : professeurs, maîtres de conférences, docteurs et doctorants. Chacun sur un sujet en lien avec leurs spécialités, ils ont étudié et présenté un pan du droit à la lumière des interrogations soulevées dans le milieu du tatouage. L’association Tatouage & Partage était représentée en la personne de Bop John, tatoueur de la région Centre, très actif dans la reconnaissance du métier de tatoueur et dans les relations entre la profession et les autorités publiques. Ses prises de parole ont permis de donner une dimension pratique aux éléments théoriques qui ont été présentés. J’ai pu également faire entendre ma voix, mais ma position d’intervenant m’imposait un devoir de réserve et de neutralité que j’ai tenu à respecter.

 

Notre association et le SNAT ont été consultés en amont afin de savoir quelles étaient les problématiques rencontrées par la profession. Les sujets traités ont été très variés. Du droit du contrat, au droit pénal, en passant par la propriété intellectuelle ou encore le droit du travail, le colloque a apporté de nombreuses réponses, et soulevé tout autant de questions (vous pourrez trouver le programme du colloque ci-dessous).

 

 

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Quant à moi, je suis intervenu sur le sujet « Déontologie et règles d’hygiène et de salubrité ». Après avoir exposé les différentes règles sanitaires, j’ai insisté sur le fait que ces règles ne visaient qu’à protéger la santé du client, faisant fi de celle des tatoueurs. En effet, en l’absence de reconnaissance du métier de tatoueur, il ne peut y avoir de reconnaissance des maladies professionnelles qui sont pourtant non négligeables : problèmes musculaires et articulaires liés aux positions prise et à l’utilisation des dermographes, problèmes de surdités, sans oublier les conséquences encore méconnues de l’utilisation quotidienne d’encres à tatouage chimiques. Ensuite, je me suis arrêté sur la déontologie de la profession. Aucune règle de droit n’encadre cela. S’il existe une certaine éthique professionnelle, elle n’est ni partagée ni connue par tous. Mais des initiatives privées ont vu le jour pour poser des normes déontologiques, notamment la Charte de déontologie des tatoueurs portée par Bop John et Gomette, à laquelle j’ai eu la chance de participer en tant que rédacteur.

 

En conclusion du colloque, Bop John, qui a été invité à participer à la table ronde de fin de journée, a remercié les organisatrices du colloque et tous les intervenants, en précisant qu’il aurait aimé voir un tel événement organisé plus tôt. En effet, nous avons tous constaté le manque de reconnaissance de l’activité qu’est le tatouage par les autorités publiques, qui n’ont finalement réglementé que la partie sanitaire de l’activité (et pas dans son intégralité, comme je l’ai souligné). Il faut espérer que cet événement participera à donner du crédit aux adeptes de l’aiguille pour qu’aboutisse un jour le projet de création d’un statut professionnel.

 

Ce colloque fera l’objet d’un ouvrage, qui sera publié dans le courant de l’année 2020 aux éditions de l’épitoge. Il contiendra outre les communications des intervenants, des articles supplémentaires rédigés par d’autres juristes sur des sujets non traités. En attendant, LexRadio va mettre en ligne sur son site les podcasts audio des interventions du colloque qui ont été enregistrées. Vous pourrez donc découvrir la douce voix qui dicte mensuellement les lignes de cette rubrique…

 

Benoît Le Dévédec

benoit.ledevedec@tatouage-partage.com