Condamnée pour exercice illégal de la médecine pour 3 tattoos dans les yeux

  
 

 

Au Mans, une femme de 24 ans qui avait réalisé des eyeball tattoos a été condamnée par la Justice pour exercice illégal… de la médecine. Récit de Tatouage & Partage.

 

Travail dissimulé, non-respect des règles de salubrité, et exercice illégal de la médecine

 

Pour cette Mancelle, la rentrée a eu lieu au tribunal. Convoquée devant la Justice le lundi 2 septembre 2019, elle a dû répondre de trois accusations : travail dissimulé, non-respect des règles de salubrité, et exercice illégal de la médecine.

 

Ce qui a conduit la jeune femme devant la Justice, c’est d’avoir pratiqué, en 2016, trois eyeball tattoos, qui consistent à injecter de l’encre dans le globe oculaire. Une pratique qu’elle avait déjà expérimentée sur sa propre personne. C’est avec son compagnon, aujourd’hui décédé, que la Mancelle pratiquait cette intervention. Ces eyeball tattoos, elle les réalisait "uniquement à la demande d’amis proches", a-t-elle confié au président de l’audience. Reste que deux signalements ont été adressés à l’ARS par ces "amis", ironise Le Maine libre.

 

Les tattoos dans les yeux, illégaux en France

 

Car "si la loi française autorise les injections cutanées (tatouages) et les piercings selon une activité commerciale réalisée par des gens formés et agréés", rappelle le quotidien régional, "il n’en est pas de même pour la « transformation corporelle » qui, elle, relève de la pratique médicale". Traduction : même en ayant suivi la formation à l’hygiène de 21 heures imposée à tous les tatoueurs exerçant en France, la pratique de l’eyeball tattoo reste illégale sur le territoire.

 

Ces eyeball tattoos réalisés par la prévenue se déroulaient soit au domicile des parents, soit chez la voisine, apprend-t-on du récit. Et "à chaque fois dans la salle à manger dans des conditions d’hygiène approximatives". Une habitude piquée au compagnon… scratcheur. La publicité passait par les réseaux sociaux et par le rabattage de la voisine en question.

 

Prise de risque et condamnation à de la prison avec sursis

 

Si l’un des prévenus n’ose plus sortir de chez lui, rongé par le sentiment d’avoir "servi de cobaye", une autre a été victime de sérieuses complications. Le président de l’audience rappelle que "dans certains cas, le tatouage de l’œil peut provoquer la perte de l’œil". L’accusée se défend : "Madame connaissait les risques, mais elle estimait que ça valait le coup".

 

La Mancelle a finalement été relaxée des faits de pratique de tatouage illégal et de travail dissimulé, puisque ces activités étaient accomplies par son compagnon. En revanche, le tribunal a retenu l’accusation d’exercice illégal de la médecine pour les tatouages de l’œil. La jeune femme s’est vue condamnée à un an de prison avec sursis et à l’interdiction d’exercer tatouages et piercings pendant cinq ans.

 

Un statut pour protéger professionnels et clients

 

Travail dissimulé, pratique illégale de la médecine : tous les ingrédients sont ici réunis pour rappeler le manque d’encadrement catastrophique dont est victime la profession de tatoueur. Une spirale que seule l’obtention d’un vrai statut pour tous les tatoueurs de France, comme le réclame Tatouage & Partage, pourra enrayer. Comme le rappelait notre association quasiment au moment du procès, il n’existe toujours aucun statut lié au métier de tatoueur. Le tatoueur officiant en France n’est ni un artiste, ni un artisan : il appartient à un corps de métier hybride aux contours mal dessinés. Les victimes ? Les professionnels eux-mêmes… mais aussi leurs clients. Il est temps pour un changement.